Berlusconi hôte d’un G8 élargi et atypique

Berlusconi hôte d’un G8 élargi et atypique

Crise économique aujourd’hui, commerce et climat demain, Afrique et sécurité alimentaire vendredi : un ordre du jour chargé attend le sommet du G8 qui se
déroule pendant trois jours près de L’Aquila, dans les Abruzzes.

Ce sommet dérogera aux habitudes. Tant par le lieu : une vaste caserne, école pour officiers de la Garde des finances (police fiscale), située à 5 km du
centre de L’Aquila et transformée pour la circonstance en camp retranché. Mais aussi par le nombre inégalé de participants. Vingt-neuf pays seront
représentés : le club des huit pays industrialisés (États-Unis, Russie, Japon, France, Allemagne, GB, Canada et Italie), celui des cinq pays
«émergents» (Chine, Inde, Brésil, Afrique du Sud et Mexique), ainsi que l’Australie, l’Indonésie, la Corée du Sud, plus des pays africains, asiatiques et
européens. «90 % du PIB mondial seront représentés», affirme Silvio Berlusconi. Un absent de taille : l’Iran, dont le sommet sera appelé
à condamner la répression postélectorale. En comptant l’ONU (Ban Ki-moon sera là) et ses institutions financières et de développement, pas moins de
quarante leaders poseront vendredi matin pour la photo de famille.

L’Italie a voulu élargir ce sommet pour contrer la concurrence croissante du G20. Selon le chef de sa diplomatie Franco Frattini, «le G20 est une institution technique née
pour gérer la crise financière, tandis que le G8 est un organisme politique chargé d’affronter les thèmes structurels de l’économie».

Manque d’ambition

Le sommet s’ouvrira ce matin par un déjeuner de travail et se poursuivra dans l’après-midi par un débat sur les stratégies de relance et les nouvelles règles
éthiques, dont l’économie devrait se doter pour éviter de futures spéculations planétaires. Plusieurs déclarations sanctionneront ce sommet : sur
le climat, à six mois du sommet de Copenhague. Sur le commerce mondial, avec un appel pressant à boucler au plus vite le cycle de Doha encore encalminé. Sur l’Afrique, avec
un engagement ferme de la communauté internationale à enrayer le cycle infernal des crises alimentaires dont souffre aujourd’hui un habitant de la planète sur six. On
attend du sommet des annonces importantes de contributions financières (de l’ordre de 7 à 10 milliards de dollars) en faveur de la sécurité alimentaire.

Pour la plupart, les déclarations sont déjà prêtes. L’éventail des dossiers et le nombre important des participants ne devraient toutefois pas faciliter des
engagements vigoureux et contraignants. Certains diplomates, anglo-saxons surtout, critiquent en privé le manque d’ambition des textes et en rendent par avance responsable la
présidence italienne. Le «sherpa» italien, l’ambassadeur Giampiero Massolo, répond à ces critiques en appelant le G8 à donner «une nouvelle
gouvernance pour aller au-delà de la crise : de la part de l’Administration américaine, il n’y a eu aucun frein, au contraire, une impulsion pour aller de l’avant».

Avant le sommet, chacun exprime ses objectifs. Dans le Corriere della Sera, le premier ministre turc demande à l’Europe de fournir «une réponse claire : cela fait
cinquante ans que nous attendons d’entrer dans l’UE», dit-il. Il affirme que Nicolas Sarkozy «le tranquillise» lors de leurs tête-à-tête, «mais
fait ensuite en public des déclarations très dures». De son côté, Benoît XVI demande l’annulation de la dette des pays pauvres et une «profonde
réforme de l’architecture des marchés financiers».

En marge du sommet, Silvio Berlusconi fera visiter la «capitale de la douleur» à ses hôtes. Barack Obama se rendra à la cathédrale, Angela Merkel à
Onna, le village rasé par le séisme, José Luis Zapatero à la citadelle espagnole.

Batteries de missiles

Des forces de l’ordre considérables ont été mobilisées pour l’événement. L’Aquila et ses ­environs sont classés «zone rouge», le
petit aéroport de Preturo où atterriront les hélicoptères amenant les leaders de Rome est défendu par des batteries de missiles. Le survol du territoire est
interdit. Quant à manifester, mieux vaut ne pas y songer. Les black blocks de sinistre mémoire devraient avoir du mal à semer des désordres tels que ceux qui
avaient fait un mort au G8 de Gênes en juillet 2001.

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