Le parti de Berlusconi absorbe les postfascistes de Fini

Le parti de Berlusconi absorbe les postfascistes de Fini

L’Alliance nationale, qui s’est dissoute dimanche, fusionnera avec Forza Italia le week-end prochain.

Semaine politique chargée pour les partis au pouvoir depuis mai dernier en Italie avec l’Alliance nationale qui s’est sabordée dimanche dernier en attendant de fusionner avec
Forza Italia le week-end prochain.

Treize ans après le congrès de Fiuggi en février 1995 qui avait marqué l’abandon de ses références au néofascisme, le parti de Gianfranco
Fini a éteint la «flamme» qui lui a longtemps servi de symbole. À son troisième et dernier congrès qui s’est tenu ce week-end à la foire de Rome,
macarons, foulards et autres emblèmes du parti s’arrachaient comme des petits pains.

C’est une opération à la fois réaliste et courageuse que tente ce parti qui revendique son identité nationaliste. Il avait recueilli 12,5 % aux dernières
élections. Le Peuple de la liberté (PDL) qui naîtra dimanche prochain est crédité de 43 % et pourrait atteindre 49 % si les centristes de l’UDC s’y
associaient. À Strasbourg, il enverra la moitié des députés italiens et deviendra le plus grand parti du groupe PPE.

«Caudillo démocratique»

L’Alliance nationale pourra-t-elle réaliser cette mutation sans renoncer à son âme ? Gianfranco Fini, son leader, en est convaincu. À la tribune du
congrès, il s’est attaché à gommer nostalgies et remords, sans parvenir à cacher son émotion. «Le PDL devra être ample, pluriel, un parti
unitaire, mais sans pensée unique», un parti à deux têtes, a-t-il dit pour répondre à ceux qui craignent la perte d’identité et
l’hégémonie de Silvio Berlusconi dans la nouvelle formation. Il en a fixé les objectifs politiques : « laïcité de l’État,
centralité de la personne, économie sociale de marché, législature constituante ».

Pas de crainte à avoir du «caudillo démocratique», comme l’écrivain péruvien Vargas Llosa appelle Silvio Berlusconi : «Il est conscient que le
leadership ne peut être le culte de la personnalité», dit Fini. Forza Italia et Alliance nationale sont «deux jumeaux, pas monozygotes certes, mais issus du même
ventre». Pas question non plus de revenir en arrière : «Quand nous avons quitté la maison du père (le MSI néofasciste, NDLR) en 1995, nous avions la
conviction que nous n’y serions plus revenus».

Comme il paraît loin le temps où Silvio Berlusconi avait déclenché en novembre 1993 une véritable tempête politique en déclarant que s’il
habitait Rome, il voterait pour le candidat néofasciste à la mairie, un politicien local à peine connu, Gianfranco Fini ! Et depuis cette résolution du
Parlement européen se prononçant en mai 1994 contre la présence de néofascistes dans le premier gouvernement Berlusconi.

Au fil des années, AN s’est affirmée comme une force de droite, démocratique et responsable, pleinement insérée dans les institutions. Nommé en mai
dernier président de la Chambre des députés, son président, Gianfranco Fini, est le troisième personnage de l’État. Il est respecté à
l’étranger. Israël lui a décerné le titre de « plus grand ami européen de l’État hébreu».

Au terme d’une profonde évolution dont on ne trouve pas l’équivalent à gauche, les anciens admirateurs de Mussolini se préparent à un nouveau destin au sein
du PDL. Un virage historique, qui fait dire à Gianfranco Fini : «Nous deviendrons le parti de tous les Italiens.»

Richard Heuzé

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