Lait chinois frelaté : magasins et cafés ont pris des mesures

 

il touche aussi le lait classique. Yili, Mengniu et Guangming, trois grandes marques réputées auprès du public, ont dû rappeler une partie de leurs produits.
Selon une enquête nationale, 24 des 295 lots contrôlés des trois sociétés ont été contaminés. 

Les supermarchés et magasins chinois ont retiré ce vendredi de leurs rayons le lait et une grande partie des produits laitiers des fabricants incriminés
après la découverte d’une substance chimique toxique dans certains de leurs lots.

Yili, Mengniu et Guangming, trois grandes marques chinoises – jusqu’à présent réputées auprès du public – ont dû rappeler une partie de
leurs produits après que les autorités eurent découvert dans certains lots des traces de mélamine, un produit chimique utilisé pour la fabrication de
plastique. Les trois sociétés n’étaient pas joignables ce vendredi. “Tous les produits qui ont des problèmes ont été retirés de nos
magasins
“, a indiqué à l’AFP une responsable de Jian-Mart, une chaîne de supermarchés chinoise.

L’administration en charge du contrôle de qualité a fait état ce vendredi des résultats d’une enquête nationale, montrant que 24 des 295 lots
contrôlés provenant des trois sociétés avaient été contaminés.

De son côté, la chaîne américaine Starbucks, comme plusieurs autres cafés, a cessé d’utiliser du lait dans les deux tiers de ses
330 cafés chinois. Il s’agit d’une mesure de précaution en raison des inquiétudes des consommateurs sur la qualité du lait servi chez Starbucks, a
précisé une porte-parole du groupe à Shanghai, Caren Li. L’une des trois grandes sociétés mises en cause, Mengniu, est, il est vrai, un
fournisseur de Starbucks en Chine. “Même si le lait que nous avons reçu de Mengniu n’est pas le même que celui des lots contaminés, Starbucks a
retiré tous les produits de la marque proposés jusqu’à nouvel ordre, en raison de la nature grave de l’alerte
“, a expliqué la société de
Seattle, dans un communiqué.

L’adjonction de la substance chimique destinée à faire apparaître le taux en protéine du lait plus élevé a déjà tué quatre
nourrissons et rendu 6.244 enfants malades, selon le dernier bilan officiel communiqué jeudi. Le scandale a pris de l’ampleur après l’annonce qu’il ne touchait pas
seulement le lait en poudre mais aussi le lait classique.

Le système n’est pas encore fiable

Pour les experts, cette crise démontre que le géant asiatique a encore du chemin à parcourir en matière de sécurité alimentaire.
 “C’est un travail permanent et pour obtenir un système fiable il reste encore beaucoup à faire“, estime Hans Troedsson, représentant en Chine de
l’Organisation mondiale de la santé (OMS). D’autant qu’elle vient s’ajouter à une série de problèmes des dernières années comme
les cochons dopés aux anabolisants, les poissons bourrés d’hormones, la nourriture pour chiens et chats contenant également de la mélamine (qui avait
provoqué la mort de nombreux animaux aux Etats-Unis).

Réforme en cours

Ces crises survenues en cascade ont porté un rude coup à l’image du “Made in China” et le gouvernement central a montré sa volonté de s’attaquer au
problème en procédant à une réforme du système de supervision de la sécurité alimentaire.

Afin de faire travailler ensemble les neuf ministères et administrations concernés par cette tâche, Pékin a ainsi doté en mars le ministère de
la Santé des pleines compétences, plaçant l’Administration d’Etat chargée de l’alimentation et des médicaments sous sa tutelle. Mais des
résistances bureaucratiques sont inévitables, juge Zhang Zhongjun, directeur adjoint en Chine de la FAO, organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture. “Le
principal problème, c’est la coordination. Beaucoup de ministères sont impliqués et il n’y a pas assez de communication et de coordination
“, explique-t-il, en
ne cachant pas par ailleurs que “chacun peut avoir des points de vue différents sur un dossier“.

Mais cela peut avoir des conséquences dramatiques dans un secteur alimentaire extrêmement fragmenté, avec d’innombrables petites entreprises qui peuvent passer
à travers les mailles du filet dans ce pays immense. Le gouvernement encourage la consolidation du secteur et de nombreux progrès ont été
réalisés dans l’industrie laitière, en permettant aux gros producteurs de contrôler l’ensemble de la chaîne depuis les fermes jusqu’aux rayons. Le
processus en est toutefois encore à ses débuts. “Il existe beaucoup d’étapes pour faire arriver un produit sur le marché, mais le plus important pour la
sécurité alimentaire c’est le processus de production
“, explique M. Zhang. “Mais même avec des investissements énormes dans les systèmes, il est
extrêmement difficile de contrôler l’ensemble du processus
“, note-t-il. Le gouvernement lui-même a reconnu cette semaine les failles du système, alors que
la corruption peut aussi être un facteur d’explication dans le laxisme des autorités locales.

Pour l’heure, le gouvernement chinois s’est engagé à faire toute la lumière et à “punir fermement, selon la loi, les auteurs d’infractions“, alors
qu’au moins 22 compagnies laitières seraient touchées par le scandale.

Les organisations internationales demandent des explications, l’Europe renforce les contrôles
L’Unicef, l’organisation de l’ONU pour l’enfance, a demandé vendredi aux autorités chinoises de mener “une enquête complète” suite à la mort de quatre
bébés victimes de lait en poudre frelaté à la mélamine. “Nous attendons certainement que les autorités mènent une enquête
complète”, a déclaré à Genève Peter Salama, chef du département santé de l’Unicef. De son côté, l’Organisation mondiale de
la santé (OMS) a demandé aux autorités chinoises d’expliquer pourquoi il a fallu des mois avant que le scandale du lait maternisé frelaté
n’éclate. “La date exacte de l’intoxication résultant de la contamination (du lait) est inconnue (mais) un fabricant a reçu une plainte suite à l’apparition
de troubles en mars 2008”, a souligné l’OMS vendredi dans un communiqué.
Le Programme alimentaire mondial (PAM) n’a pas acheté de lait en poudre aux entreprises chinoises impliquées dans le scandale du lait frelaté, a indiqué
à l’AFP une porte-parole de l’agence de l’ONU pour l’aide alimentaire. “Le PAM a acheté durant les 12 derniers mois 1.660 tonnes de lait en poudre, dont seulement 340
tonnes en Chine en octobre et décembre 2007”, a indiqué Mme Emilia Casella. Le PAM ne s’est pas fourni auprès d’une des entreprises aujourd’hui impliquées
dans le scandale, a-t-elle souligné. “Ce lait en poudre n’a pas été utilisé pour une consommation directe mais comme un des ingrédients entrant dans
la composition de biscuits hautement énergétiques destinés à la Corée du Nord”, a-t-elle encore précisé.
La Commission européenne a de son côté indiqué vendredi avoir demandé aux pays de l’Union européenne de renforcer leurs contrôles aux
frontières sur les importations de produits laitiers. La Chine “n’exporte pas de produits laitiers dans l’Union européenne”, a indiqué une porte-parole de la
Commission lors d’un point de presse. Mais par mesure de précaution, la commissaire à la Santé Androulla Vassiliou a “demandé aux Etats membres de renforcer
les contrôles aux frontières” sur tous les produits laitiers, pour vérifier que des produits chinois ne passent pas entre les mailles, via des réimportations
en provenance de pays tiers commerçant dans ce domaine avec la Chine.

Leggi Anche
Scrivi un commento