Comment sortir de la crise ?

 

Les Etats-Unis et l’Europe se mobilisent ce mardi sur tous les fronts pour contrer les menaces de récession et rassurer les marchés financiers toujours nerveux
après deux semaines de tempête.
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Alors que Washington mettait l’accent sur des actions de relance de l’économie, l’Europe se penchait sur les questions de gouvernance pour éviter
qu’une telle crise ne se reproduise à l’avenir.

La Maison Blanche s’est de nouveau dite ouverte mardi à la possibilité d’un deuxième plan de relance aux Etats-Unis, après celui de 168 milliards
de dollars mis en place au printemps dernier.

L’idée avait été avancée lundi par le président de la Réserve fédérale Ben Bernanke.

« L’économie américaine est déjà en récession », a jugé mardi la Banque centrale du Canada, avant d’annoncer
une baisse d’un quart de point de son taux directeur à 2,25 % pour tenter de stimuler la croissance du pays revue en baisse à 0,6 % en 2008 et 2009.

Les marchés financiers étaient hésitants mardi. Londres et Francfort ont perdu respectivement 1,24 % et 1,05 %, en clôture, tandis que la place de Paris
regagnait 0,78 %, portée par les valeurs bancaires.

Bel 20 en baisse

Après avoir regagné 8,38 % en deux séances, l’indice BEL 20 gagnait à nouveau rapidement plus de 2 % mardi matin mais, il devait repasser de peu dans
le rouge parallèlement à L’ouverture négative de Wall Street. A la clôture, l’indice vedette belge cédait 0,96 % à 2.089,35 points,
subissant notamment la pression de son poids lourd, la française GDF Suez (32,29), qui était repassée de 2,23 % dans le rouge après avoir gagné
jusqu’à 2,8 % en début de journée. Les bancassureurs étaient eux-mêmes partagés avec KBC (35,40) qui repartait de 3,80 % à la
baisse après avoir gagné jusqu’à 7 % ; Dexia (4,60) et Fortis (1,05) conservant des avances de 0,88 et 2,33 %.

Vers 16H00 GMT, la Bourse de New York creusait ses pertes, le Dow Jones abandonnant 2 % et le Nasdaq 2,8 %.

En Asie, le tableau était également mitigé. Tokyo a clôturé en hausse de 3,34 %, mais Hong Kong a cédé 1,8 % et Shanghai 0,78 %.

« Même si les marchés financiers paraissent se stabiliser, le retournement de l’économie ne fait que commencer », a analysé Paul
Dales de Capital Economics à Londres.

Passée l’urgence d’endiguer la panique sur les marchés financiers, les divergences d’approche sur les questions de fond s’expriment de plus en plus
nettement.

Sarkozy pique Bush

Le président français Nicolas Sarkozy a ainsi osé une pique à l’encontre des Etats-Unis, implicitement accusés d’avoir vécu
à crédit sur le dos du reste du monde.

« Peut-on continuer nous (en Europe) à porter les déficits de la première puissance mondiale sans avoir un mot à dire ? La réponse est
clairement non”, a-t-il déclaré dans un discours devant le Parlement européen à Strasbourg.

M. Sarkozy, qui assure actuellement la présidence de l’Union européenne, a proposé une réunion des chefs d’Etat et de gouvernement de l’UE pour
préparer le premier sommet sur une refonte du système financier international prévu en novembre à New York.

A ce propos, le chef du gouvernement espagnol José Luis Rodriguez Zapatero a réclamé que l’Espagne soit présente dans les sommets mondiaux même si ce
pays ne fait pas partie du Groupe des huit pays les plus riches (G8).

M. Sarkozy a également relancé mardi une vieille idée française, celle d’un gouvernement économique de la zone euro face à la Banque centrale
européenne (BCE), pour mieux gérer les crises.

Mais le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, a aussitôt pris ses distances avec cette proposition, soulignant qu’il ne fallait “pas
mettre en cause l’indépendance de la banque centrale”.

Par le passé, la France a toujours dû battre en retraite sur cette question, devant l’opposition de l’Allemagne qui soupçonne Paris de vouloir remettre en cause
l’indépendance de la BCE.

M. Sarkozy a plaidé concrètement pour la création en Europe de fonds souverains coordonnés qui pourraient prendre des participations dans des entreprises
stratégiques pour mieux les défendre. Mais le ministre allemand de l’Economie Michael Glos a rejeté cette idée.

A Paris, dix-sept pays réunis à l’initiative de l’Allemagne et de la France ont demandé mardi à l’OCDE de “réactualiser” sa “liste noire” des
paradis fiscaux non coopératifs d’ici mi-2009. Berlin a souhaité y ajouter la Suisse.

Sur le front économique, les Européens, qui écartent tout plan de relance global, continuent d’agir en ordre dispersé.

Leur travail pourrait cependant être facilité par la chute de l’euro, susceptible de doper les exportations européennes, si elle se poursuit. La monnaie
européenne, qui est passée mardi sous le seuil de 1,32 dollars, a perdu près de 20% de sa valeur face au dollar depuis son record de la mi-juillet à plus de
1,60 dollars.

En France, le gouvernement a annoncé lundi soir l’injection d’ici la fin de l’année de 10,5 milliards d’euros dans les six plus grandes banques privées,
officiellement pour relancer le crédit et mieux financer l’économie.

En attendant l’impact de la mesure sur l’économie réelle, les titres des grandes banques françaises se sont envolés mardi à la Bourse de Paris,
Crédit Agricole gagnant près de 15%, Société Générale plus de 10% et BNP Paribas plus de 8%.

En Italie, le chef du gouvernement Silvio Berlusconi a estimé que “deux ou trois banques” nationales auraient “peut-être intérêt à augmenter
leur capital”. Malmenée en Bourse, UniCredit, la première banque du pays, vient d’annoncer une augmentation de capital de plus de 6 milliards d’euros.

Signe des besoins persistants de liquidités des banques: la Banque centrale européenne a encore alloué plus de 305 milliards d’euros mardi lors de son
opération de refinancement hebdomadaire.

La confiance revient cependant peu à peu sur le marché interbancaire qui continuait à se détendre mardi, sous l’impulsion des actions conjuguées des
gouvernements et des banques centrales.

Après le plan de sauvetage du secteur bancaire, le gouvernement britannique a dévoilé mardi des mesures pour aider les petites et moyennes entreprises à
lutter contre la crise financière, alors que le moral des industriels britanniques a continué de se dégrader.

Le président brésilien, Luiz Inacio Lula da Silva, a critiqué mardi “l’irresponsabilité du monde développé” dans cette crise et le
fait que ceux qui en paieront les pots cassés seront les pays en voie de développement.

Il a également appelé à faire du G20 – créé pour défendre les intérêts des pays émergents dans les négociations
commerciales internationales – “un forum de débat politique (…) pour créer un nouvel ordre économique international”.

Pour les Etats-Unis, une des solutions pourrait venir du commerce mondial.

La secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice a appelé à conclure avec succès les négociations de Doha sur la libéralisation des
échanges dans le cadre de l’OMC afin d’envoyer un “signal fort” à l’économie mondiale.

La baisse du pétrole, qui s’est poursuivie mardi sur fond de baisse de la consommation, pourrait également faciliter un rebond de la croissance.

Inquiets des conséquences de la crise, les grands argentiers des six monarchies arabes du Golfe ont d’ailleurs décidé de se réunir samedi à Ryad.

(d’après AFP)

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