Washington révise son plan et revendique un rôle moteur dans la lutte anticrise
13 Ottobre 2008
Après la chute de 18 % enregistré par l’indice Dow Jones la semaine dernière, le Trésor américain a changé son fusil d’épaule en se
fixant comme priorité d’injecter du capital dans une « large gamme » d’institutions financières.
L’administration Bush n’entend pas renoncer à son rôle pilote dans la lutte contre la crise. C’est, en substance, le message délivré par la Maison-Blanche,
ce week-end, à l’issue de la réunion des ministres des Finances du G7. Face à la chute persistante de l’indice Dow Jones qui a perdu 18 % la semaine
dernière, le secrétaire au Trésor américain, Henry Paulson, a toutefois annoncé une inflexion significative de son plan d’aide au secteur financier
que certains observateurs n’hésitent pas déjà à considérer comme un « plan B ».
Visiblement « aiguillonné » par l’impact des mesures annoncées par Gordon Brown au Royaume-Uni, le Trésor américain entend désormais
mettre l’accent sur l’injection de capital des banques en se déclarant prêt à acheter des participations dans « une large gamme d’institutions
financières ». « Nous voyons un besoin clair et immédiat de lever du capital. Nous travaillons à développer un programme-cadre qui sera ouvert
à un large éventail d’institutions financières », a confié, ce week-end, Henry Paulson. Il a également précisé qu’un tel
programme serait destiné à encourager la levée de capitaux privés « en vue de compléter les fonds publics ».
Des mesures concrètes
Pour le sénateur républicain Bob Corker, membre du Comité bancaire du Sénat, le moyen le plus simple pour renflouer le secteur financier et «
protéger le contribuable » reste d’acquérir des actions préférentielles sans droit de vote dans le capital des institutions concernées.
Même si tous les regards se portent sur Morgan Stanley et Goldman Sachs, les deux banques d’investissement dont le cours a été attaqué ces derniers jours,
le secrétaire au Trésor s’est abstenu de donner la moindre indication sur les « cibles » prioritaires.
« Les Etats-Unis ont un rôle spécial à jouer dans la lutte contre cette crise », a insisté George W. Bush, tout en appelant les membres
du G7 à coordonner leurs actions. Conscient du faible impact de son plan de « stabilisation économique d’urgence » de 700 milliards de dollars sur le
marché du crédit et des délais incompressibles imposés par le rachat d’actifs douteux à travers un processus d’enchères inversées, le
Trésor américain semble prêt à prendre des mesures concrètes dans les deux prochaines semaines. « Nous le ferons le plus tôt possible.
Croyez-moi, nous ne perdons pas de temps », a insisté Henry Paulson face aux critiques de certains économistes sur le manque de réactivité du
Trésor.
Revirement significatif
L’accent mis sur les besoins de recapitalisation des banques représente, toutefois, un revirement significatif dans la doctrine du secrétaire au Trésor. Lors de
sa dernière audition par le Comité bancaire du Sénat, le 23 septembre, ce dernier avait plutôt insisté sur la nécessité d’adopter des
« mesures de marché » face au gel du crédit, en rachetant des actifs plutôt que des institutions. Jusqu’à une date récente,
l’administration Bush avait même farouchement résisté à l’idée de toute « nationalisation partielle » du secteur bancaire,
considérée comme une intrusion inappropriée dans la logique des marchés, en rejetant les propositions démocrates d’investissement direct dans le
capital des banques.
Les délais de mise en place de son plan de reprise d’« actifs toxiques » et la détérioration des marchés semblent l’avoir convaincue de
changer son fusil d’épaule.
PIERRE DE GASQUET





