L'Académie des sciences mobilise en faveur des OGM

 

Marc Van Montagu est professeur émérite à l’université de Gand (Belgique) et président de la Fondation européenne de biotechnologie. Pionnier
dans le domaine de la biologie moléculaire, il a découvert avec feu le professeur Jeff Schell le mécanisme de transfert de gène qui a permis la
création du premier OGM végétal. Il a lancé en 2000 à Gand l’Institut de biotechnologie végétale pour les pays en voie de
développement.

LE FIGARO. – Quels étaient vos objectifs au tout début de vos travaux sur la transgenèse ?
Marc VAN MONTAGU. – Comme c’est toujours le cas dans la recherche, notre objectif était la connaissance ! À l’époque, nous travaillions sur des
micro-organismes. À la fin des années 1960, Jeff Schell et moi faisions nos recherches à Gand où se trouve l’un des plus grand centres mondiaux de
systématique des micro-organismes parmi lesquels une centaine d’agrobactéries (bactéries du genre Agrobacterium qui font naturellement de la transgenèse,
NDLR). Alors que d’autres s’orientaient vers des recherches axées sur la médecine, nous voulions faire quelque chose de différent.

L’évolution étant un fait bien établi, nous étions convaincus qu’en étudiant les tumeurs sur des plantes, nous obtiendrions des données
valables pour tous les organismes supérieurs. Certes, nous faisions de la recherche fondamentale mais nous voulions aussi qu’il y ait des applications pour la
société. Nous avons alors réalisé des insertions de gènes pour comprendre la prolifération cellulaire. Les travaux de Jacob et Monod nous
avaient ouvert la voie mais à cette époque le génie génétique n’était pas encore disponible.

Comment percevez-vous les controverses actuelles sur les OGM ?
Galilée a eu les mêmes problèmes… Les gens ont tendance à croire une histoire unique. C’est dû avant tout à une mauvaise
compréhension de ce qui se passe dans la nature et dans les organismes vivants. Car chaque génome change et ce beaucoup plus vite que ce que les chercheurs croyaient
encore il y a peu. Nous comprenons désormais que le monde vivant fonctionne à partir d’un grand pool de gènes. Heureusement, de plus en plus de leaders politiques
commencent à comprendre que les OGM ne présentent pas de risques pour la santé ou l’environnement.

En Belgique et en France, nos premiers essais dans les champs remontent aux années 1986-1987, ce qui n’est pas tout jeune. Et il n’y a pas eu d’accident depuis. La
dernière trouvaille des anti-OGM, c’est de dire que les plantes transgéniques favorisent une forme de société dont ils ne veulent pas. Or selon moi, il faut
absolument développer l’agriculture des pays en voie de développement pour faire face à la surpopulation et aux différences criantes de niveau de vie avec
les pays riches – et pour ce faire, il faut le meilleur de la science, c’est-à-dire les OGM. Il n’est pas question de proposer à ces pays-là l’agriculture que nous
pratiquions il y a cent ans !

Les OGM ont-ils un avenir ?
Bien sûr, ils sont porteurs d’avenir en raison des difficultés mêmes d’installer une agriculture durable, surtout dans les pays en développement. Malgré
la demande d’innovation, en Europe et ailleurs, toutes les applications des OGM sont bloquées dans les laboratoires publics comme celles, par exemple, sur les plantes
résistantes à la sécheresse, les plantes enrichies en micronutriments, ou qui absorbent mieux le phosphate et le nitrate. Du coup, elles se délocalisent dans
les pays émergents comme l’Inde, le Brésil et surtout la Chine qui vient d’investir 2,5 milliards d’euros dans les OGM végétaux.

Il ne faut pas perdre de vue que les études sur les gènes des plantes n’ont commencé que tout récemment. Dans les années 1980, on ne disposait que des
gènes de bactéries pour transférer des gènes. C’est une aventure qui ne fait que commencer et c’est pour cela que nous sommes si confiants.

Croyez-vous que les futurs OGM parviendront à améliorer la productivité des plantes ?
Sûrement. Un jour, on saura augmenter la fixation de l’azote et du CO2 par les plantes et la photosynthèse sera plus efficace. La photosynthèse est la base de la
nouvelle économie mondiale où les plantes vont remplacer le pétrole comme source primaire du carbone. Mais le fonctionnement de la photosynthèse est d’une
extrême complexité. Il doit encore y avoir une vraie percée dans le domaine des OGM comme pour le séquençage du génome humain qui a
mobilisé des sommes considérables. Il faudra aussi étudier et améliorer d’autres plantes très prometteuses comme source de matière
première industrielle et alimentaire.

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