Europe : unité de façade pour les ministres des Finances
7 Ottobre 2008
Pour mesurer l’ampleur d’une crise de confiance qui ne cesse de s’étendre, il suffit d’observer jour après jour les priorités changeantes des dirigeants
européens. La semaine dernière, l’accent était sur le sauvetage ponctuel de banques éclopées et l’injection massive de liquidités. Lundi,
l’urgence a changé : il s’agit désormais de rassurer des centaines de millions d’Européens inquiets pour la sûreté de leurs dépôts
ordinaires dans les banques.
Au nom des vingt-sept pays de l’Union européenne, Nicolas Sarkozy avait engagé le virage dans l’après-midi en promettant «toutes les mesures
nécessaires» pour qu’aucun déposant ne soit lésé dans la tourmente. Dans la soirée, les quinze ministres des Finances de la zone euro ont
préparé à Luxembourg un possible relèvement de la garantie plafond en Europe, aujourd’hui fixée à 20 000 euros pour les
dépôts des particuliers. La Commission européenne serait chargée de préciser la proposition. Il ne s’agit pas de régenter, mais
«d’additionner des mesures nationales en leur imposant une marque européenne», a expliqué le commissaire européen Joaquin Almunia. Au soir d’un nouveau
lundi noir, les capitales européennes ont la gueule de bois. L’obligation de sauver une seconde fois en huit jours la banque belgo-néerlandaise Fortis et l’allemande Hypo
Real Estate, le dévissage des marchés
financiers et l’alarme qui gagne les opinions publiques montrent qu’il y a loin des bonnes paroles au rétablissement de la confiance.
L’ordre du jour de Luxembourg, centré sur de possibles sanctions contre les banquiers fautifs, la révision de normes comptables et une supervision collective des
institutions financières, répondait aux injonctions du sommet de Paris. Il a été bouleversé. À défaut d’un plan européen assorti
de mesures précises et coordonnées, les Quinze – élargis aux Vingt-Sept demain -, cherchent plutôt à enrayer l’appel du chacun pour soi et
l’application de mesures de sauvegarde nationales qui dressent les capitales les unes contre les autres.
Bataille en ordre dispersé
La garantie promise offerte à chaque Européen sur ses dépôts bancaires témoigne de cette bataille en ordre dispersé. Dublin s’était
attiré la semaine dernière les foudres de Bruxelles, de Londres et d’autres capitales en décidant unilatéralement une garantie à 100 %, afin de
rassurer son public. De fait l’Irlande devenait un placement sûr, aux dépens des autres.
La crise a changé de nature, le risque d’affolement s’accroît, et Berlin a décidé ce week-end d’appliquer une garantie comparable, suscitant de nouvelles
interrogations à Paris et à Londres. Comme l’Irlande, l’Allemagne approche d’une période électorale.
À leur tour, l’Autriche et le Danemark envisagent d’offrir une assurance comparable. La Suède, puis l’Espagne et le Portugal ont sauté le pas. Faute de direction
européenne, la mosaïque européenne risquait de se déliter. Elle s’appuie sur un marché unique et une monnaie commune. Mais l’échelon politique
semble avoir toujours un temps de retard.
Jean-Jacques Mével




