Le chef de la Bavière estime qu'on peut boire et conduire
23 Settembre 2008
Peut-on encore conduire après avoir ingurgité deux litres de bière ? À en croire son patron, Günther Beckstein, cela reste encore possible dans le
très traditionaliste Land de Bavière. Candidat à sa propre succession aux élections régionales programmées le 28 septembre, Beckstein
s’est attiré une volée de bois vert en affirmant que deux Mass, les chopes de bières de un litre servies à l’Oktoberfest, ne saurait altérer les
capacités à prendre le volant.
«Quand on boit à l’Oktoberfest pendant cinq, six ou sept heures prendre le volant est encore possible après deux litres», a-t-il lancé sous une tente
dressée pour la campagne électorale bavaroise, où la bière coule abondamment. «Nous n’allons pas mettre à l’index une bonne bière de un
litre», a-t-il ajouté en commentant la proposition de la chargée de mission du gouvernement fédéral pour la lutte contre les drogues, Sabine
Bätzintg, de rabaisser le taux d’alcool autorisé pour la conduite.
«Il envoie le mauvais signal», s’est emporté le chef de l’un des principaux syndicats de policiers en Bavière, Harald Schneider, sur la radio Bayerischer
Rundfunk. «Si je bois deux litres, comment est-ce que je peux expliquer cela à mes collègues qui feront des contrôles d’alcoolémie la semaine prochaine
à la Fête de la bière de Munich ?, a dit Schneider. Ils vont s’entendre répondre que Beckstein leur a dit qu’ils pouvaient boire deux
litres !» Sabine Bätzintg a quant à elle sobrement jugé que « M. Beckstein a trop bu».
La bourde du ministre-président a fait d’autant plus de vagues qu’il fut ministre de l’Intérieur bavarois durant quatorze ans. Beckstein a tenté de minimiser ses
propos en affirmant que les Mass servies à la Fête de la bière «contiennent plus de mousse que de bière». Avant de devoir finalement
reconnaître, mercredi, que la consommation d’alcool est «incompatible avec la conduite». La Fête de la bière, qui se tient chaque automne à Munich
depuis 1810, rapporte à la capitale bavaroise environ un milliard d’euros par an. L’an dernier, les 6,2 millions de visiteurs ont établi un nouveau record en
engloutissant 6,7 millions de litres de bière.
La «culture d’auberge»
À deux semaines d’élections régionales, qui pourraient mettre à mal le règne de la CSU (l’Union sociale chrétienne, la sœur bavaroise de
la CDU de la chancelière, Angela Merkel), le faux pas de Beckstein n’est pas dénué d’arrière-pensées politiciennes. Pour la première fois
depuis 1962, la CSU risque de perdre sa majorité absolue au Parlement régional selon les sondages. La protection de la «culture d’auberge» et des traditions
est un thème de campagne ultrasensible en Bavière.
La chute de la CSU dans les sondages avait coïncidé avec la décision du gouvernement régional d’interdire la cigarette dans les lieux publics en 2007. De
nombreux déçus de la CSU s’étaient alors rassemblés au sein d’une «association de défense de la culture des auberges». Avec 80 000
adhérents, celle-ci est aujourd’hui plus influente que l’Église catholique en Bavière.





