Les Européens veulent connaître l’origine des aliments, Bruxelles rechigne

Les Européens veulent connaître l’origine des aliments, Bruxelles rechigne

Depuis la crise de la vache folle, qui a durablement coupé l’appétit de
certains amateurs de viande rouge, l’origine du boeuf non transformé est
dûment précisée dans l’UE.
L’indication géographique –également obligatoire pour les fruits et
légumes, le poisson, les oeufs, le miel ou le vin– s’avère facultative pour
toutes les autres composantes du menu des Européens.
“Les consommateurs veulent savoir d’où vient leur nourriture”, par exemple
pour des motifs écologiques, objecte Ruth Weale, spécialiste des questions
alimentaires au Bureau européen des unions de consommateurs (Beuc).
“Et pour faire des choix, ils doivent avoir suffisamment d’informations”,
insiste-t-elle.
Les agriculteurs sont plutôt favorables aux indications d’origine, jugeant
qu’ils peuvent mettre en avant la qualité de leurs produits.
Mais le sujet reste tabou à la Commission européenne. “On considère que
l’origine de doit pas être une entrave aux échanges”, prévient une
spécialiste. Et surtout, les consommateurs pourraient verser dans le
patriotisme alimentaire.
Le débat, récurrent, est revenu sur le tapis des parlementaires européens
lors de l’examen d’un projet législatif qui pourrait révolutionner les
étiquettes alimentaires.
Il obligerait l’industrie à spécifier, sur le devant des paquets, l’apport
nutritionnel de la nourriture: valeur énergétique, glucides, sucre, lipides,
acides gras saturés et sel.
Ce projet maintient le caractère facultatif de l’origine géographique mais
ajoute une nuance destinée à éviter la tromperie des consommateurs.
Si un producteur veut, de son plein gré, préciser l’origine d’un produit
composé, alors il devra révéler la provenance de l’ingrédient majoritaire ou
de l’ingrédient caractéristique.
L’idée serait ainsi de lire “beurre produit en Belgique avec du lait
danois” ou “purée italienne aux tomates grecques”.
Le Beuc veut que ce dispositif soit “obligatoire” pour tous les aliments
composés et réclame zéro dérogation pour les aliments de base. Nombre
d’eurodéputés viennent de déposer des amendements en ce sens.
Renate Sommer, eurodéputée conservatrice allemande et rapporteur du projet
de loi, rejette néanmoins en bloc ce débat.
“Ce serait techniquement impossible de donner de telles précisions pour les
aliments composés”, juge-t-elle, en évoquant les coûts énormes d’étiquetage
infligés aux petites entreprises, appelées à varier leurs fournisseurs de
matières premières pour la composition d’une sauce bolognaise.
“Au final, les consommateurs paieraient la facture”, prévient-elle.
Des indications systématiques sur l’origine, notamment pour la viande
fraîche, pourraient-elles néanmoins améliorer la sécurité alimentaire?
“Non” répond catégoriquement la Commission, fière d’avoir perfectionné “la
traçabilité” des produits dans l’UE et d’avoir imposé des procédures de
précaution en cas de risque alimentaire.
En décembre, pour rassurer les consommateurs, l’Irlande avait ainsi ordonné
le rappel de l’ensemble des aliments à base de porc, après la découverte de
dioxine dans neuf élevages.
En fait, les usines de transformation étaient incapables de savoir de quels
élevages précis provenait la viande ayant servi à fabriquer leurs saucisses,
pointant du doigt une faille dans la traçabilité.

Leggi Anche
Scrivi un commento