L’Assemblée générale de la CIIA fait 5 propositions à l’OMS pour mieux maîtriser les maladies liées à l’alimentation
15 Dicembre 2008
Lors d’une première réunion en septembre 2006, «WHO Foodborne Disease Burden Epidemiology Reference Group» (FERG) a défini une stratégie
pour évaluer le coût global des maladies épidémiques liées à l’alimentation. L’estimation de ce coût est en effet une
donnée indispensable aux responsables pour définir et hiérarchiser en terme de priorités les actions politiques les plus pertinentes. Il a invité la
CIIA à sa seconde réunion le 20 novembre 2008.
Avant tout, il faut rappeler la confusion fréquente entre sécurité sanitaire et sécurité alimentaire : la sécurité alimentaire, qui
fait référence essentiellement à la disponibilité quantitative en aliments, a été la principale préoccupation des responsables
politiques et des ONG lors de la flambée des prix mondiaux en 2007-2008. Une disponibilité insuffisante réduit d’autant les défenses immunitaires
naturelles et fragilise encore plus les populations confrontées aux autres endémies. Cependant, les risques de sécurité sanitaire sont permanents.
L’analyse de l’impact des maladies liées à l’alimentation est généralement centrée sur l’impact des infections microbiennes
(cf. le «Foodborne Pathogenic Micro-organisms and Natural Toxins Handbook» publié par USDA Food Safety Inspection Service). A juste raison, l’OMS inclut les
parasites ainsi que les éléments allergènes et les carences nutritionnelles. Dans l’esprit des consommateurs les plus soucieux de leur santé, les
risques peuvent être également liés aux résidus chimiques de produits de traitements (pesticides, antibiotiques, etc.). Il faudrait ajouter les risques
sanitaires liés aux comportements frauduleux. Il faut rappeler ainsi qu’en 1981, le décès de 500 personnes et 20.000 hospitalisés après avoir
consommé de huile de colza frelatée avait causé un véritable traumatisme en Espagne et jeter la suspicion sur tous les produits alimentaires
transformés. En 2008, l’incorporation frauduleuse en Chine de mélamine dans de la poudre de lait a intoxiqué plus de 50.000 enfants.
Cet épisode dramatique d’intoxication a montré par ailleurs, pour la première fois, l’impact international que peut avoir la commercialisation de
produits contrefaits. Il y a toujours eu des falsifications. Dans la société traditionnelle, les malversations perpétuées par des artisans sans scrupules
avaient des conséquences locales. La révolution industrielle a étendu les risques au niveau régional, voire national. Le législateur français
a, ainsi, voté une loi dès 1905 pour lutter contre les fraudes. Cette loi stipule que les produits mis en vente doivent avoir trois qualités : loyale et marchande
pour assurer une égale concurrence, la première qualité exigée étant d’être «sain», respectueux de la santé du consommateur.
Sauf cas exceptionnel, la mondialisation des marchés a aboli aujourd’hui les frontières. Ainsi, en 2008, les autorités responsables de la
sécurité alimentaire de 10 pays ont retrouvé des quantités élevées de l’ingrédient nocif incorporé par un fabricant chinois
dans divers produits. Ce constat a conduit plusieurs pays, dont l’Europe et les USA, à interdire l’importation de produits contenant des matières
premières laitières en provenance de Chine. Cette interdiction entraîne évidemment un coût économique pour le pays d’origine (perte directe
de chiffre d’affaires), mais également pour l’ensemble des entreprises du secteur agroalimentaire dont la probité est ensuite systématiquement mise en
doute.
Quelques études scientifiques réalisées, malheureusement trop parcellaires, identifient des niveaux particulièrement sensibles de la chaîne alimentaire
dans les pays développés: il s’agit des véhicules de transports, des établissements de restauration collective et des équipements de
réfrigération dans la distribution et à domicile. Une étude réalisée au Royaume Uni estime ainsi que la moitié des intoxications
alimentaires sont générées dans les restaurants.
Dans les pays les moins développés, il conviendrait sans doute d’y ajouter la distribution sur les marchés et le long des routes de produits animaux frais ou
découpés importés congelés. D’une manière plus générale, on doit constater que les règles de bonnes pratiques ne sont pas
toujours respectées (re-congélation de produits décongelés, ré-emballage de produits au-delà de la DLC initiale…). Les procédures
d’analyses et de contrôle qui permettraient d’identifier ces produits à risques sont complexes et coûteuses, surtout lorsque ces produits sont
commercialisés sans la garantie d’un opérateur crédible et solvable.
Après le drame de l’huile de colza frelatée, un réseau d’alerte sanitaire a été créé en Espagne unissant les professionnels
et les ministères de la Santé et de l’Intérieur. Ce réseau a été étendu à toute la Communauté européenne. Celle-ci
s’est ensuite dotée de structures et d’une réglementation qui protègent efficacement la santé des consommateurs européens. Reste à
identifier et à évaluer les effets croisés des maladies endémiques non liées à l’alimentation avec les différentes sources
d’intoxication et d’infection pour que les préventions et décisions soient les plus pertinentes possibles, sans précautions excessives.
L’importante réelle des épidémies liées à l’alimentation, hormis celles liées à l’eau sale, est difficile à
cerner. Sur la base des données des CDC américains, le nombre de personnes réellement malades avec une capacité de travail réduite est 150 fois plus
nombreux que celui des décès.
Propositions de la Commission Internationale des Industries Agricoles et Alimentaires (CIIA)
Les épisodes d’intoxications par des ingrédients incorporés frauduleusement dans des produits alimentaires sont rares mais peuvent avoir des impacts
sanitaires importants. La CIIA propose de prendre en compte des ingrédients toxiques, en particulier ceux incorporés frauduleusement dans l’alimentation du bétail,
parmi les causes de maladies.
Les types de régimes alimentaires sont multiples dans le monde. Ils ont des caractéristiques très différentes et présentent des risques potentiels
spécifiques. Dans une même région du monde, les habitudes alimentaires peuvent varier entre les populations des zones rurales qui ont gardé des diètes
traditionnelles et celles des grandes métropoles. La CIIA propose que l’OMS suscite un programme de recherche visant à élaborer une typologie des principaux
régimes alimentaires, puis à identifier les risques sanitaires qui leur sont spécifiques.
En 2006, l’une des recommandations du FERG a été de mesurer le coût global des maladies liées à l’alimentation en «DALYs»
(Disability-Adjusted Life Years). La vie des personnes n’a certes pas de prix. Néanmoins, outre le recensement des malades hospitalisés et des décès,
les CDC (Centers for Disease Control) américains ont fait une évaluation économique de ces maladies. Les données qui ont été publiées
sont hétérogènes. Ainsi, le nombre total d’hospitalisations liées à l’alimentation était estimé en 2000 à 325.000
avec 5.000 décès dont 31.000 hospitalisés et 1.229 décès à cause de 5 germes pathogènes. Le coût des maladies dues à ces 5
germes était alors évalué à 6,9 milliards USD.
Outre qu’un indicateur en terme de % du PIB serait sans doute mieux approprié pour permettre les comparaisons internationales et en dépit des difficultés
d’analyse (environnement sanitaire, espérance de vie, investissement sur l’avenir des enfants qui diffèrent fortement selon les pays…), il est
proposé de demander à l’OCDE, en liaison avec des instituts de recherche, d’élaborer une méthodologie d’évaluation économique
qui pourrait servir de référence.
Les personnes fragilisées par une maladie endémique sont les premières à être victimes des maladies liées à l’alimentation. Il est
alors difficile d’effectuer le diagnostic et d’évaluer le coût directement lié à ces maladies sans double compte. La CIIA propose que soit
dressée une matrice des risques croisés et des synergies entre facteurs de risques.
La CIIA propose de faire un bilan du respect des méthodes d’analyses édictées par le Codex Alimentarius.





