Pernod Ricard ose faire appel à la Bourse pour comprimer sa dette
10 Aprile 2009
Malgré la déprime de la Bourse, Pernod Ricard compte faire appel « dès que possible » au marché en lançant une augmentation de capital de 1 milliard
d’euros. Objectif: accélérer la réduction de sa dette, que l’acquisition l’an dernier du suédois Vin & Sprit, producteur de la vodka Absolut, a fait monter
à 12 milliards d’euros. Les échéances à court terme du groupe français étaient couvertes. Mais celles de 2012 pas entièrement. Et, surtout,
l’entreprise souhaite alléger ses frais financiers, et redorer son blason auprès des agences de notation.
L’opération se fera avec le maintien du droit préférentiel de souscription. Le groupe Bruxelles Lambert (Albert Frère), qui détient 8 % de l’entreprise, a
annoncé son intention de souscrire à l’augmentation de capital à hauteur de sa participation. Hier, les investisseurs ont cependant réservé un accueil assez
frais au projet : le titre a chuté de 7,09 %, la plus forte baisse du CAC 40.
Parallèlement, le numéro deux mondial des vins et spiritueux a annoncé la vente de son unique bourbon, Wild Turkey, à l’italien Campari pour 433 millions d’euros.
Essentiellement commercialisé aux Etats-Unis, ce bourbon enregistrait des ventes en progression de 2 à 4 %, pour atteindre un volume total de 800.000 caisses par an. Avec cette
transaction et la vente récente de Glendronach, Cruzan, Bisquit, Serkova et de marques de vin, Pernod Ricard a réalisé environ 60 % de son programme de cession d’actifs non
stratégiques de 1 milliard d’euros annoncé après l’acquisition du suédois Vin & Sprit. Le géant mondial se donne encore douze mois pour le boucler
complètement. L’achèvement de ce programme de cessions et le produit de l’augmentation de capital permettront de renforcer le bilan et de faire face à la majeure partie des
besoins de refinancement d’ici à juillet 2013.
La cession de Wild Turkey à l’italien Campari inclut la liqueur American Honey, la distillerie et les actifs associés dans le Kentucky, ainsi que les stocks de vieillissement de
bourbon. Pernod Ricard continuera de distribuer Wild Turkey en Océanie ainsi qu’au Japon de façon transitoire. A défaut d’être une de ses 15 marques vedettes, ce
bourbon avait une valeur symbolique dans le groupe français. «C’est la première marque acquise pour 100 millions de dollars par Patrick Ricard en 1981, trois ans après
son arrivée aux commandes du groupe», précise un porte-parole. C’était une clef d’entrée aux Etats-Unis, où Pernod Ricard détient aujourd’hui une
part de marché de 14 %, en bonne partie grâce aux acquisitions du canadien Seagram en 2001 et du britannique Allied Domecq en 2005.
La baisse de l’action Pernod Ricard s’explique aussi par les nouvelles prévisions de bénéfices dévoilées hier. Le groupe a confirmé hier que le
résultat net pour l’exercice 2008-2009, qui clôture au 30 juin, devrait augmenter de plus de 10 %. En revanche, Pierre Pringuet, le directeur général, a revu à
la baisse l’objectif de progression du résultat opérationnel courant en raison du recul de 13 % des ventes au troisième trimestre, essentiellement du fait du
déstockage important d’alcool «un peu partout dans le monde et notamment aux Etats-Unis». La hausse du résultat opérationnel devrait se situer dans une fourchette
de 3 à 5 %, contre 5 à 8 % initialement prévus.
Marie-Josée Cougard




