Michel Barnier veut réorienter les aides pour sauver la PAC

 

Les céréaliers français verront une partie des aides européennes qu’ils reçoivent réorientée à partir de 2010 au profit d’une
nouvelle «prime à l’herbe», de l’élevage ovin, de l’agriculture de montagne et biologique et d’un système d’assurance.

Dans un entretien accordé à Reuters, le ministre de l’Agriculture Michel Barnier promet que cet effort des principaux bénéficiaires actuels des aides
agricoles européennes sera «raisonnable».

«Nous touchons au revenu de chaque exploitation, donc il faut faire attention», a-t-il expliqué. «Voilà pourquoi nous voulons prendre des
décisions raisonnables et justes vis-à-vis des céréaliers, à qui j’ai dit depuis deux ans que nous demanderions un effort».

C’est une conséquence du «bilan de santé» de la politique agricole européenne commune (PAC), que le ministre présente lundi au Conseil
supérieur d’orientation de l’économie agricole et alimentaire (CSO), qui réunit toutes les organisations syndicales et professionnelles du secteur.

Pour Michel Barnier, «c’est le prix à payer pour défendre la PAC», en renforçant sa légitimité, et pour préparer la France à
une réforme de cette politique, programmée pour 2013.

«La PAC peut être menacée par toutes sortes de gens qui veulent la détricoter ou la supprimer depuis longtemps», explique le ministre de l’Agriculture.
«Si on veut préserver la PAC, il faut qu’elle soit soutenue par tous les agriculteurs et pas seulement par la moitié d’entre eux».

«Donc il faut qu’il y ait plus de justice et il faut que la PAC ait du sens pour toute la société», ajoute-t-il. «Ça sera notre meilleur argument
vis-à-vis du débat européen qui va commencer et qui va être très dur».

De nombreux pays de l’Union européenne, qui n’ont pas bénéficié autant que la France de la PAC, voudront en effet en réduire le budget à la
faveur de la réforme de 2013.

De plus, la France sera pour la première fois, à partir de 2013, contributrice nette à la PAC. Un argument supplémentaire pour ceux qui trouvent que celle-ci
coûte cher.

«Il n’y a pas de fatalité à réduire le budget agricole européen», estime cependant Michel Barnier. «Ce qu’il faut, c’est que ce budget soit
compris, légitime et utile. C’est l’objet des mesures que nous prenons».

L’agriculture française reçoit 10 milliards d’euros d’aides européennes par an, dont neuf au titre des soutiens économiques (le «premier pilier»
de la PAC) et un pour le développement rural et l’environnement («deuxième pilier»). Les céréaliers bénéficient aujourd’hui des
deux tiers environ de ces aides.

«PRIME À L’HERBE»

L’adaptation à mi-parcours de la PAC, adoptée fin 2008 par l’UE sous le nom de «bilan de santé», impose aux Etats membres de transférer en quatre
ans 5% des crédits du premier pilier vers le deuxième, sans toucher au montant global des aides.

Pour la France, ce sont ainsi 945 millions d’euros, sur quatre ans, qui seront utilisés pour financer l’évolution des exploitations agricoles vers une agriculture
«durable».

Les plus petites exploitations, qui reçoivent moins de 5.000 euros par an, seront cependant épargnées par cette «modulation» des aides directes
versées au titre du premier pilier.

Les décisions de fin 2008 permettent par ailleurs aux Etats-membres de redistribuer une autre partie des aides agricoles directes comme ils l’entendent.

La France utilisera cette «boîte à outils» pour financer une assurance-récolte contre les aléas climatiques, qui serait dotée dans un
premier temps d’environ 100 millions d’euros, et un fonds d’indemnisation pour les risques sanitaires.

Paris entend aussi proposer la mise en place pour l’après 2013 d’une «assurance-chiffre d’affaires» au niveau européen, pour protéger les agriculteurs
de la volatilité des prix.

«Les Etats-Unis ont mis en place ce système», explique Michel Barnier. «Le président de la République m’a demandé sans attendre de
travailler à une première expérimentation d’assurance-revenu en 2010».

Cette assurance-chiffre d’affaires expérimentale, financée hors PAC, est une contrepartie à l’effort qui sera demandé aux principaux
bénéficiaires actuels des aides directes européennes.

Un effort dont l’élevage ovin sera un des bénéficiaires – «Nous ne voulons pas laisser disparaître l’élevage ovin dans ce pays. Donc nous allons
l’aider fortement», explique le ministre.

Autre inflexion : le soutien aux productions susceptibles de contribuer à un «nouveau modèle agricole durable» d’ici 2020.

Dans ce domaine, la principale mesure annoncée lundi sera la création d’une nouvelle «prime à l’herbe» destinée à soutenir les surfaces en
herbe consacrées aux productions animales.

Ce volet comportera aussi un soutien au lait en zone de montagne et à l’agriculture biologique, et la revalorisation de l’Indemnité compensatrice des handicaps naturels
(ICHN).

Sera aussi annoncée une relance de la production de protéines végétales en France, par le biais d’un soutien aux productions de protéagineux,
«pour retrouver une certaine autonomie à l’égard des importations d’Amérique latine ou des Etats-Unis», explique le ministre de l’Agriculture.

 

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