Le dalaï-lama invite l'Europe au dialogue et à la fermeté
5 Dicembre 2008
Reçu en séance solennelle au Parlement européen, le dalaï-lama a appelé jeudi l’Europe à Crédits photo : AFP
Le dalaï-lama a conseillé jeudi aux Européens de ne pas s’émouvoir outre mesure des sautes d’humeur de la direction chinoise, un pouvoir qu’il décrit,
dans une distante allégorie, comme rongé par «le stress, la méfiance et la soif de réussite».
Vingt ans après sa première allocution devant le Parlement européen, l’Océan de Sagesse se tient un peu plus voûté et n’a guère fait
avancer la cause, du moins dans sa patrie himalayenne. L’assemblée bruxelloise, loin d’être exhaustivement réunie, apprécie l’exotisme, la robe cramoisie et
les mains jointes au-dessus du crâne tondu. Mais elle reste toujours peu férue des jeux de miroirs et des métaphores qui font le sens du discours en Orient.
«C’est tout ce qu’il a à dire ?» L’incompréhension nuirait presque à la sympathie.
La Chine, elle, a bien compris le message et le symbole. Les élus européens rendaient hommage jeudi à la bête noire «séparatiste» du
régime, six semaines après que le même Parlement a honoré Hu Jia, le plus connu des dissidents chinois, de son prestigieux prix pour la liberté de
pensée. Pire, malgré les objurgations de Pékin, Nicolas Sarkozy rencontrera publiquement le chef spirituel tibétain demain à Gdansk, en compagnie
d’une demi-douzaine de dirigeants d’Europe orientale.
Au-delà de la courtoisie observée par le président de l’Union européenne, l’agacement chinois tient encore à l’analogie. Le rendez-vous de Gdansk
vient célébrer le vingt-cinquième anniversaire du prix Nobel de la paix décerné à Lech Walesa, un homme dont la foi, l’anticommunisme
viscéral et pour finir la victoire politique nourrissent des scénarios de cauchemar près de la Cité interdite.
«Déficit des libertés»
Le Tibet, certes, n’est pas la Pologne. Mais le fait que le dalaï-lama a décroché la récompense norvégienne sept ans plus tard – l’année de
Tiananmen – vient encore renforcer la susceptibilité… Jeudi, le dalaï-lama a invité l’Europe à maintenir le dialogue avec Pékin et à
faire preuve de fermeté sur la question des libertés. «Lorsqu’on est proche de quelqu’un, dit-il, il faut être clair sur les erreurs et les fautes de l’autre.
L’Union européenne doit maintenir ses relations avec la Chine. Mais les manquements doivent être clairement mentionnés.» Le conseil est donné
mezza-voce, comme si le dalaï-lama ne voulait pas gêner sa prochaine rencontre avec le président français. Dans un clin d’œil, il ajoute :
«J’ai déjà rencontré Mme Sarkozy-Bruni. J’ai hâte de rencontrer son époux.»
Des échanges plus francs avec l’Occident aideraient aussi les Chinois à atteindre la stature de superpuissance à laquelle ils aspirent légitimement.
«Pour être une superpuissance, il faut la puissance humaine, ils l’ont ; la puissance militaire, ils l’ont aussi ; la puissance économique, ils l’ont
encore. Mais il leur manque un élément décisif, dit-il, c’est l’autorité morale.» L’image de la Chine continue de souffrir «du
déficit des libertés».




