Gare à la grippe australienne

 

La grippe qui passera cet hiver en Europe
occidentale risque bien de venir d’Australie.

Sur les trois souches sélectionnées cette année par les experts de l’Organisation
mondiale de la santé pour être intégrées au vaccin, deux viennent du continent austral. En
particulier le variant de la souche H3N2, identifié comme Brisbane 10/2007, parce que lors de l’hiver austral, le nombre de cas de grippe confirmé en laboratoires a
triplé par rapport aux cinq années précédentes. Les deux autres
souches sont Brisbane 59/2007 (H1N1) et Florida 4/2006 pour la grippe de type B.

Pas de panique toutefois : la virulence du virus lors de l’hiver 2007 dans l’hémisphère
austral n’est pas une prédiction de sa virulence chez nous.

Chaque année, vers le mois de février, les experts de l’OMS analysent des milliers
d’échantillons et doivent sélectionner les trois souches en circulation qui semblent présenter le maximum de risques.

La plupart du temps, ils renouvellent une ou deux souches sur les trois utilisées l’hiver
précédent. Cette année, pour la première fois depuis vingt ans, ils ont décidé d’utiliser trois nouvelles souches de virus.

« Pour le type B, il y avait deux souches candidates
quasiment au coude à coude, très difficiles à départager et certains experts ont même proposé de faire un vaccin tétravalent, avec quatre
souches. Mais ce n’a pas été la décision finale, explique le Dr Luc Hessel, directeur exécutif de Sanofi Pasteur MSD Europe. Chaque année, c’est un pari sur l’avenir, car les vaccins doivent être produits en quelques semaines et arriver dans
les pharmacies dans le courant du mois de septembre. Parfois, ce sont bien ces trois souches qui sont les plus présentes. Parfois la prévision est fausse et il est
arrivé que l’on doive, en urgence, refabriquer un vaccin pour une quatrième souche… »

Le pire est que le vaccin antigrippal ne protège, en tout cas pour l’instant, qu’une année. La caractéristique de
la grippe, est de muter en permanence, rendant la protection de l’année passée quasi nulle.

« Et la grippe n’est pas une maladie anodine : on estime qu’elle tue chaque année en Europe de 40.000 à
220.000 patients à cause des complications pulmonaires qu’elle provoque », explique le Pr Douglas Fleming du Royal College (Angleterre).

« Le pourcentage de complications graves et de décès augmente de manière
exponentielle avec l’âge des patients, surtout en maisons de repos », précise-t-il. C’est pourquoi en Belgique, les recommandations actuelles sont de vacciner toutes les personnes âgées de plus de 65 ans, et toutes les
personnes à risque, par exemple suite à des maladies cardiaques, pulmonaires ou hépatiques.

« Mais aussi ceux qui sont sous aspirine
chronique, explique le Pr Patrick Goubau, virologue à Saint-Luc et professeur à l’UCL. En
théorie, beaucoup d’autres personnes devraient se vacciner, comme les soignants et parents de personnes âgées ou de malades chroniques, afin de ne pas leur apporter
la maladie. En réalité, on est loin du compte. Parmi le personnel soignant professionnel, qui devrait pourtant être conscient des enjeux, un tiers seulement est
vacciné, alors que c’est sans frais pour eux ».

Le paradoxe, c’est que les groupes à risques que l’on vaccine en priorité… sont
ceux pour lesquels le vaccin fonctionne le moins bien. Pour une personne âgée ou dont l’immunité est entamée, l’effet du vaccin dépasse à peine
50 %, alors qu’elle avoisine les 80 % pour les autres. On peut donc être vacciné… et faire, quand même, une grippe.

Qui doit donc, en définitive, se vacciner ? Une question difficile, alors que le débat fait rage, entre les experts
réunis à Faro pour la troisième conférence européenne sur la grippe, sur l’efficacité réelle de la vaccination globale des plus
âgés (un concept qui peut varier, l’Autriche vaccinant dès 50 ans) et les enfants (chez qui la réponse immunologique peut être très
déroutante).

Les Nord-Américains, par exemple, ont fait croître par quatre la couverture du vaccin (environ 60 %) chez leurs
aînés… mais n’ont pas enregistré de baisse globale de leur mortalité.

« Comme médecin, je ne peux que recommander la vaccination qui apporte une bonne protection, qui est absolument sans
danger et qui est quasi totalement sans effets secondaires », souligne le Pr Douglas
Fleming.

Si l’on décide de suivre ses recommandations, il est bientôt temps de songer à voir son médecin à ce
sujet.

Il faut en effet compter deux semaines au moins pour rendre la vaccination effective et selon les années, la grippe
débarque chez nous entre la 41e et la 45e semaine de l’année, c’est-à-dire dans trois à huit
semaines.

 

 

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